Massage Ashiatsu : ce que le travail avec les pieds change, et pour qui ce n’est pas fait
Vous avez vu passer une vidéo où une praticienne marche sur le dos de quelqu’un en se tenant à des barres, et vous vous demandez si c’est sérieux, si cela fait mal, et si votre dos supporterait le poids d’une personne. C’est une bonne question, et la réponse honnête tient en deux parties : la technique a une logique précise et donne une pression qu’aucune main ne peut reproduire, et elle ne convient pas à tout le monde. Je pratique l’Ashiatsu dans mon cabinet à Cannes, et je vais vous expliquer les deux versants.
D’où vient cette technique
Le mot vient du japonais : ashi, le pied, atsu, la pression. Des formes de massage aux pieds existent depuis longtemps en Asie, en Inde et dans le Pacifique, mais la version avec barres fixées au plafond, telle qu’on la pratique aujourd’hui en cabinet, a été structurée aux États-Unis par Ruthie Hardee, qui a fondé DeepFeet Bar Therapy en 1995. L’école revendique plus de quarante mille praticiens formés dans le monde. En France, la technique reste rare : au moment où j’écris, aucun autre cabinet ne la propose à Cannes, à Nice ou à Monaco, et les sites qui en parlent en français, comme le magazine de Wecasa, le font surtout pour expliquer de quoi il s’agit. En japonais, la variante qui applique les principes du shiatsu avec les pieds s’appelle sokuatsu, et c’est un cousin, pas la même chose.
Comment cela fonctionne, concrètement
Vous êtes allongé sur une table basse, plus large qu’une table classique, drapé comme pour n’importe quel massage à l’huile. Deux barres parallèles sont fixées au plafond au-dessus de la table. Je monte sur la table, je me tiens aux barres, et je travaille avec la plante des pieds, le talon, l’arche, parfois l’avant du pied, en dosant le poids que je laisse descendre. Les barres ne servent pas seulement à tenir l’équilibre : elles me permettent de retirer une partie de mon poids à tout moment, et c’est ce qui rend la pression réglable au gramme près. Ce n’est pas « marcher sur le dos » : c’est un travail glissé, long, continu, où le pied remplace l’avant-bras.
Ce que le pied apporte, c’est la surface. Un pouce, un coude, un avant-bras concentrent la pression sur quelques centimètres carrés ; le pied la répartit sur toute sa longueur. Le résultat est une pression profonde qui ne « pique » pas, qui s’enfonce dans le muscle sans la sensation de point dur que beaucoup de gens détestent dans un massage aux coudes. Sur les grands groupes musculaires, le dos, les fessiers, l’arrière des cuisses, la différence est immédiate.
Ce que cela change pour vous
Si vous avez un dos large, musclé, habitué à l’effort, et que les massages classiques vous laissent sur votre faim parce que « ça n’appuie jamais assez », vous êtes exactement la personne pour qui cette technique a été conçue. Vous obtenez une profondeur que mes mains ne peuvent pas donner sur toute une séance sans s’épuiser, et vous l’obtenez de façon régulière, du premier au dernier passage.
Si vous trouvez le massage profond douloureux à cause des points de pression localisés, la surface du pied résout précisément ce problème. Beaucoup de mes clients qui avaient renoncé au deep tissue supportent l’Ashiatsu sans difficulté, parce que la pression est large et lente.
Si vous cherchez un effet sur la tension nerveuse et pas seulement musculaire, la durée et la continuité des mouvements comptent autant que la force. Une séance dure une heure et demie ; le rythme est lent. C’est un travail qui demande d’abandonner le contrôle, et c’est là que se joue une grande partie de l’effet.
Je ne vous promets pas de « réalignement », de « libération des fascias » ou de « détox ». Ce que montre la recherche sur le massage en général, et que résume la méta-analyse de Moyer, Rounds et Hannum publiée dans Psychological Bulletin et consultable sur NCBI, c’est un effet net sur l’anxiété du moment après une séance et sur l’anxiété de fond après plusieurs, et une absence d’effet mesurable du cortisol après une séance unique. Il n’existe pas, à ma connaissance, d’étude spécifique sur l’Ashiatsu ; ce que je vous décris vient de ma pratique et de celle des écoles, pas d’un essai clinique.
Pour qui ce n’est pas fait
Voici les cas où je vous dirai non, ou où je vous demanderai un avis médical avant.
La grossesse, quelle que soit la période. Une ostéoporose diagnostiquée ou suspectée, parce qu’une pression large et lourde sur une colonne fragile n’est pas un risque que je prends. Une hernie discale en phase douloureuse, une opération récente du dos, des vertèbres ou des articulations. Un traitement anticoagulant, parce que la pression profonde peut créer des hématomes. Une thrombose, une phlébite, une insuffisance cardiaque ou rénale connue. Une infection en cours, de la fièvre, une inflammation aiguë. Une corpulence très faible : sur un corps de moins de cinquante kilos, le rapport entre mon poids et le vôtre ne me laisse plus assez de marge de réglage, et je préfère alors travailler avec les mains.
Il y a aussi les cas où ce n’est pas contre-indiqué, mais où ce n’est pas la bonne technique. Si vous voulez un travail fin sur la nuque, les mains, le visage, les pieds, l’Ashiatsu n’est pas l’outil : le pied est fort mais grossier sur les petites zones, et j’utilise alors les mains pendant cette partie de la séance. Si vous n’aimez pas la pression profonde, choisissez plutôt mon massage signature, qui dose autrement. Et si vous êtes mal à l’aise à l’idée que quelqu’un vous marche dessus, même en douceur, ce malaise ne partira pas pendant la séance ; ne forcez pas.
Ashiatsu, shiatsu, et le travail avec les pieds hors du cabinet
On me demande souvent la différence avec le shiatsu. Le shiatsu se pratique au sol, habillé, avec les doigts, les paumes et parfois les coudes, selon une logique de méridiens issue de la médecine traditionnelle japonaise. L’Ashiatsu se pratique sur table, à l’huile, avec les pieds, selon une logique musculaire occidentale. Les deux mots se ressemblent, les séances n’ont rien en commun.
Autre question fréquente : peut-on recevoir cette technique à domicile ou à l’hôtel ? Pas sous cette forme, parce que les barres sont fixées au plafond du cabinet. Il existe des méthodes de travail pieds nus sur table portable, qui remplacent les barres par un autre système d’appui, et je m’y forme actuellement ; j’en parlerai ici quand je pourrai le proposer. En attendant, si vous voulez le travail avec les pieds, c’est au cabinet, rue Edith Cavell à Cannes.
Comment se déroule votre première séance
Nous parlons cinq minutes de votre corps, de vos antécédents, de ce que vous attendez. Je vous montre la table et les barres, je vous explique comment je dose le poids, et je vous demande de me dire à tout moment si la pression est trop forte ou trop faible. La séance commence toujours par des passages légers, pour que votre corps comprenne ce qui arrive, et la profondeur monte progressivement. Vous ne devriez jamais retenir votre souffle. Si c’est le cas, c’est trop, et vous me le dites.
Après, la sensation la plus courante est une lourdeur agréable et une envie de dormir. Une légère courbature le lendemain est possible après une première séance profonde, comme après une séance de sport ; elle passe en un jour. Buvez, marchez, ne prévoyez rien d’exigeant le soir même.
Une heure et demie, au cabinet, sur réservation. Je vous laisse décider si c’est pour vous.
Sources
DeepFeet Bar Therapy, école fondée par Ruthie Hardee en 1995 : https://www.deepfeet.com/
Wecasa Mag, « Massage avec les pieds sur le dos : bienfaits » : https://www.wecasa.fr/mag/massage-avec-les-pieds-sur-le-dos-bienfaits
Shiatsu France, « Le sokuatsu, le shiatsu avec les pieds » : https://www.shiatsu-france.com/article-le-sokuatsu-le-shiatsu-avec-les-pieds.html
Moyer C. A., Rounds J., Hannum J. W., « A meta-analysis of massage therapy research », Psychological Bulletin, 2004, résumé sur NCBI : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK70586/
Fédération française de massages bien-être, cadre légal du massage bien-être en France : https://ffmbe.fr/2021/06/30/cour-de-cassation-lusage-du-terme-massage-nest-pas-reserve-aux-kines/

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